Programme 2016-2020

Qui peut voter aux élections sociales ? Tout le monde peut voter, sauf les boursiers post-doctorants. En particulier, nous avons obtenu que les boursiers doctorants puissent voter pour la première fois à l’ULB lors des prochaines élections sociales.

Nous présentons ici notre programme pour les élections sociales de mai 2016, dans lequel vous pouvez trouver nos revendications pour les différents corps liés à l’enseignement et la recherche : les académique, le corps scientifique et les chercheurs FNRS. Nous sommes également impliqués dans la problématique de la mobilité et celle du genre qui nous concerne tous.

A l’inverse des listes qui participent aux élections du Conseil Académique et du Conseil d’Administration, nous tenons à indiquer clairement quel est notre programme. Nous entendons ainsi indiquer aussi clairement que possible quelles sont nos intentions.

Importance des élections

Les élections ont cette année une importance particulière, en raison du double autoritarisme du gouvernement fédéral et des autorités de l’ULB. Même si le recul de l’âge de la pension touche moins les académiques et les chercheurs que d’autres professions, nous sommes plus qu’inquiets lorsque nous voyons l’ensemble des conditions de travail de tous les salariés se dégrader, nous y compris. Et les autorités de l’ULB ne sont pas en reste pour mouler l’« excellence » dans des normes internationales qui sont loin d’être adéquates pour l’enseignement, la recherche et les services à la société. Les règles de productivité du secteur privé s’insinuent dans les universités où des mécanismes de mesure de la productivité scientifique dicte les carrières, mettent les chercheurs en concurrence au détriment de la qualité des recherches et des services à la collectivité. Par un étrange effet de la nouvelle gouvernance, les syndicats apparaissent à l’ULB comme le dernier rempart contre les assauts du recteur et de son entourage entrepreneurial envers un enseignement de qualité et une recherche libre de définir ses problèmes avec les partenaires pertinents.

Gouvernance. L’ULB dégringole dans les rankings de la démocratie

Avant la réforme de la gouvernance, tout était décidé dans une seule instance : le Conseil d’Administration (CA). Il était possible d’y mener des débats contradictoires. De son côté le Conseil d’Entreprise (CE) servait essentiellement de lieu d’information et d’interpellation. Mais la nouvelle gouvernance a divisé les fonctions du CA pour que règne mieux le recteur. Le Conseil Académique (CoA) rassemble tous les doyens et le corps académique y est largement majoritaire.

Depuis la réforme de la gouvernance, le Recteur a pris à de nombreuses reprises des décisions unilatérales exemptes de concertation, par exemple sur le dossier des carrières ou sur la nouvelle gouvernance elle-même ! Les quatre années passées, qui sont celles de la mise en place de la gouvernance, ont montré plus que jamais la nécessité d’avoir une opposition structurée face aux autorités. Au nom de l’efficacité et d’un nouveau management, la nouvelle gouvernance a vidé la démocratie universitaire de son sens. Certes la démocratie antérieure était de type censitaire, mais au moins des contestations et des dialogues y étaient possibles. Aujourd’hui, le seul lieu où le recteur et le président sont obligés de rendre des comptes est le conseil d’entreprise, organe légal auquel il ne peut déroger. Il doit en effet répondre aux questions des syndicats. Et nous ne nous sommes pas privés de le faire, et notamment de boycotter le CE quand nous n’obtenions pas de réponse correcte à nos questions. La moindre des ironies n’est pas que la gouvernance a conféré un nouveau rôle aux syndicats.

La gouvernance a dépolitisé les organes de décision de notre université. De surcroît, les autorités ont sur de nombreux points montré peu d’ouverture au dialogue et encore moins à la négociation. Dès lors, les syndicats constituent les derniers lieux de résistance face aux organes de la nouvelle gouvernance. Ce constat n’est pas fait pour nous réjouir. Nous avons assez de travail comme cela ! Et nous préférerions que les membres du corps scientifique disposent de plus de relais pour faire entendre leurs voix, et qu’un maximum de membres du personnel entrent en résistance face aux exigences de plus en plus folles qui pèsent sur nos conditions de travail.

L’excellence scientifique et la rationalisation financière au détriment des conditions de travail

Chaque fois que nous avons demandé au Recteur des explications sur la politique de l’ULB en matière d’enseignement et de recherche, nous n’avons eu que des réponses floues. Mais ses décisions sont allées dans le sens d’une université structurée autour de « pôles d’excellence » en matière de recherche. Un esprit managerial s’est emparé des manettes. Contrairement à ce qu’avait promis le recteur, le directeur général (Michel Loeb, ex-Chiquita) et le président du CA (Pierre Gurdjian, ex-McKinsey) viennent tous deux directement du secteur privé. Comme si une université devait se résoudre à vendre des marchandises !

Le binôme enseignement-recherche (fondement du travail universitaire) bousculée.

Nous observons que l’enseignement est de plus en plus dévalorisé comme activité nécessitant de bonnes compétences. Il semble que l’idéal managerial soit de faire donner un maximum de séminaires, TP et labos via des sous-statuts (AEX, chargé d’exercice) et de produire un maximum de thèses via des boursiers. Or, ces statuts sont moins favorables que celui d’assistant par exemple.

Au lieu de diviser les grands auditoires, on nomme des assistants pédagogiques qui sont déchargés de toute activité scientifique. De plus en plus les fonctions d’enseignement et de recherche sont séparées, comme en témoignent les attaques contre le statut d’assistant.

De plus en plus de tâches sont effectuées par des personnes qui ne devraient pas les faire : boursiers qui donnent des séminaires, chercheurs contractuels qui suivent des mémoires, etc. Les départements sont soumis à des évaluations dont souvent on ne comprend pas le sens. Enfin, quoiqu’en disent les autorités, les rankings pèsent de tout leurs poids dans les orientations stratégiques et dans la nomination des personnes.

La recherche est désormais placée sous le signe de l’« excellence », camouflage qui ne trompe personne pour désigner la précarisation des carrières et les politiques néo-libérales appliquées aux universités. Les carrières sont segmentées afin de créer des blocs (recherche, enseignement, doctorat) séparés pour pouvoir les rendre mobiles et les mettre en concurrence. Les règles d’engagement des nouveaux profs donnent une importance démesurée à leur capacité à postuler à un seul type de contrats européens (ERC). C’est mettre tous nos œufs dans le même panier, et c’est une mauvaise politique.

Le système actuel des promotions dans le corps académique est injuste et porteur de frustrations. Il est trop lié à une définition restreinte de « l’excellence ». Nous défendons l’idée que tous les personnels ont droit à une promotion dès lors qu’ils ont effectivement accompli le travail pour lequel ils ont été engagés. Il faut donc réintroduire la promotion à l’ancienneté, dans la limite des budgets disponibles.

Quelle troisième mission ?

Un problème essentiel de la recherche en sciences humaines est le manque de reconnaissance de la « troisième mission », à côté de l’enseignement et de la recherche : pour la société, et non à la collectivité universitaire comme le laissent entendre les autorités. Pourquoi la rédaction d’une loi, la participation à une revue d’association ou des conférences devant un public varié sont-elles des activités qui ne reçoivent pas de reconnaissance financière ou institutionnelle ? La précarisation accrue des chercheurs en sciences humaines et sociales vient en partie du fait que le travail de recherche n’y est pas valorisable par l’industrie.