Les décisions prises par les autorités (politiques et rectorales) ont changé radicalement notre manière de travailler ces dernières semaines: télétravail, enseignement à distance, évaluations en ligne. Cela se traduit par des efforts gigantesques de la part de tout le personnel universitaire pour assurer, tant bien que mal, les activités de recherche et d’enseignement. Si les contacts avec les autorités ont été maintenus tout au long de la période de confinement, il est regrettable qu’au nom de l’urgence, les choix organisationnels, et tout spécialement le basculement précipité vers l’enseignement numérique et le télétravail, n’aient pas été soumis à la concertation sociale. Alors que se profile la période des examens, source supplémentaire de stress et de travail, il est temps de dresser un premier bilan de la situation. 

Des conditions de travail dégradées et stressantes pour les enseignant.e.s et les chercheur.e.s… 

Suite aux témoignages recueillis après notre message du début du mois d’avril, le constat est interpellant et peut être résumé en quatre points: 1) pour beaucoup de collègues, les tâches domestiques et de soins ont fortement limité le temps pouvant être consacré au travail universitaire. Les disparités de genre sont marquées; 2) le basculement vers l’enseignement à distance représente une charge de travail considérable; 3) beaucoup d’enseignant.e.s s’inquiètent de la qualité des apprentissages et des décrochages de la part des étudiant.e.s; 4) dans les activités de recherche, l’accès fortement limité aux terrains, aux labos et aux bibliothèques empêche le respect des échéances.  Pour plus de détails: https://cgsper.ulb.be/wordpress/2020/04/30/enquete-travail-covid19

…mais également chez les étudiant.e.s

D’un autre côté, d’après l’enquête de l’IGEAT auprès de quelque 2.500 étudiant.e.s (pour l’étude complète: https://owncloud.ulb.ac.be/index.php/s/va1f45c1OE6rmkq), une large majorité d’entre eux éprouvent d’importantes difficultés à participer aux activités d’apprentissage dans le cadre du confinement en raison de leurs conditions matérielles et psychologiques, des limitations du temps disponible, de l’inadéquation des outils d’enseignement à distance ou encore d’une croissance de la charge de travail. On en arrive à une situation paradoxale: les enseignant.e.s et les étudiant.e.s connaissent un surcroît de travail alors que les un.e.s et les autres ont moins de disponibilité temporelle, matérielle et psychologique pour y faire face: garde imposée des enfants, maladie de proches, matériel informatique inadéquat, manque de connaissance des outils informatiques, etc. 

L’épreuve des examens à distance

Si l’enseignement à distance suscite de larges réserves par ses limites et son caractère inégalitaire, les évaluations en ligne sont clairement problématiques et créent un malaise parmi les enseignant.e.s. Les dispositifs d’évaluation à distance les plus proches de l’examen classique en auditoire, prévoyant des délais courts, risquent de pénaliser les étudiant.e.s les moins favorisé.e.s qui ne disposent pas d’outils informatiques et de connexions performants et qui ne bénéficient pas d’un environnement approprié. Dans les circonstances exceptionnelles que nous connaissons, des solutions, parfois jugées moins efficaces, mais certainement plus équitables sont envisagées et devraient être soutenues. Elles consistent à limiter l’évaluation aux matières dispensées avant le confinement, à privilégier les évaluations à long terme et à accorder une note de base garantissant l’acquisition des crédits. Nous soutiendrons les collègues qui feront ces choix. 

Soutenir les chercheur.e.s, doctorant.e.s et contractuel.le.s

Parmi les solutions à envisager à court terme pour soutenir les doctorant.e.s et le personnel de la recherche contractuelle, nous préconisons, d’une part, une prolongation de trois mois des durées des mandats doctoraux et de leur financement, en concertation avec le FNRS, et, d’autre part, dans le cadre des accords internes relatifs à la recherche contractuelle, la diffusion rapide d’un appel exceptionnel pour « missions scientifiques », étendu au personnel administratif et technique et incluant le personnel sur contrat à durée déterminée. 

Poursuivre les missions de l’université… mais à quel prix!

La volonté affichée par les autorités d’assurer la continuité des activités sur un mode numérique soulève deux questions fondamentales selon nous. D(une part, elle apparaît déconnectée des réalités vécues par bon nombre de collègues. Pour essentielles qu’elles soient, les missions de l’université se remplissent sur le long terme et la situation actuelle n’exige pas de prendre des mesures pouvant porter atteinte à la santé et au bien-être du personnel. D’autre part, ce virage vers le numérique engage un débat démocratique sur les enjeux pédagogiques, éthiques et politiques de l’enseignement à distance que la CGSP-ER entend bien lancer. 

En tant qu’organisation syndicale, nous restons à votre disposition. N’hésitez pas à nous partager votre expérience et les problèmes auxquels vous êtes confronté.e.s. 

Prenez soin de vous,
Le Comité de la CGSP Enseignement-Recherche